Avec 44000 salariés concernés, le Groupe EDF s’affiche comme un des plus gros donneurs d’ordre français en matière d’achats de vêtements de travail. Mais l’entreprise est confrontée à de multiples difficultés : complexité de la chaîne de valeur, réglementation liée aux obligations de l’employeur, problématique de la fin de vie et de l’absence de filière structurée pour la valorisation des vêtements de travail. C’est pourquoi le Groupe EDF s’intéresse à l’économie de fonctionnalité qui induit de nouvelles formes de collaboration au sein du Groupe, avec les fournisseurs et de nouvelles offres innovantes sur l’ensemble du cycle de vie du produit. Un programme de recherche-action du Cluster PEAK by THESAME (Programme piloté par EMLyon Business School avec l’appui du Cabinet Correl et de l’Université Clermont Auvergne) accompagne le Groupe EDF sur ces questions. Elle donnera lieu à la mise en place d’une formation de la fonction achats à l’économie de fonctionnalité, à la création d’un cadre d’évaluation des offres et à l’expérimentation d’un dispositif d’accompagnement.

Avec 44000 salariés concernés, le Groupe EDF s’affiche comme un des plus gros donneurs d’ordre français en matière d’achats de vêtements de travail. Mais l’entreprise est confrontée à de multiples difficultés qui pourraient être facteurs de contre-performance, de risques d’image, d’approvisionnement et de sécurité des salariés :

  • Complexité de la chaîne de valeur qui ne facilite pas l’exercice du devoir de vigilance, imposé par la loi aux grands donneurs d’ordres
  • Réglementation liée aux obligations de l’employeur (mise à disposition d’équipements de protection individuelle, lavage et garantie de protection d’un vêtement de travail)
  • Problématique de la fin de vie et de l’absence de filière structurée pour la valorisation des vêtements de travail (aujourd’hui chez EDF, ce sont, en général, les usagers qui sont propriétaires de leur vêtement et en maîtrise la fin de vie).

C’est pourquoi le Groupe EDF s’intéresse à l’économie de fonctionnalité qui induit de nouvelles formes de collaboration au sein du Groupe et avec les fournisseurs, et de nouvelles offres innovantes sur l’ensemble du cycle de vie du produit. L’économie de fonctionnalité est le modèle économique qui vise à créer le plus possible de valeur dans l’usage, sur une durée maximale, en minimisant la consommation de ressources naturelles et d’énergie. Elle interroge la notion de propriété et bouleverse le modèle économique, qui pourrait consister à la mise à disposition d’un vêtement répondant à des caractéristiques et à une durée déterminée (un vêtement garantissant la sécurité des usagers, lavé, réparé et valorisé en fin de vie). L’économie de fonctionnalité repose sur la mise en place d’un système produits-services où la valeur va être progressivement plus importante dans les services additionnels que dans le vêtement lui-même. EDF pourrait ainsi satisfaire à des besoins liés à la traçabilité du vêtement, à la mise en place d’une « carte d’identité du vêtement » en vue de son recyclage et à une comptabilisation du nombre de lavages pour répondre aux normes liées à la sécurité des agents.

Co-Construire une offre de valeur adaptée, dans une logique de « pull-innovation »

Aucune offre permettant de satisfaire à l’ensemble des nouveaux besoins d’EDF dans un objectif d’économie de fonctionnalité n’existe aujourd’hui concernant le vêtement de travail. Dès lors se posent notamment pour le Groupe EDF les questions suivantes :

  • Comment susciter l’innovation de la part de fournisseurs et prestataires plus enclins à proposer une offre standardisée ?
  • Comment évaluer les nouvelles offres des fournisseurs ?  
  • Comment financer l’innovation et garantir une répartition de la valeur à l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur depuis la fabrication jusqu’à la fin de vie du vêtement ?

Ces questions sont abordées par une équipe de recherche-action du Cluster PEAK de THESAME qui accompagne le Groupe EDF sur ce sujet (voir § « Pour en savoir plus »). Elles amènent à interroger le cadre conceptuel des business-models et à intégrer l’ensemble des valeurs créées tout au long du cycle de vie (amélioration de la durée de vie, gains environnementaux, traçabilité, volume de vêtements commandés). Le travail initié va notamment consister à construire un cadre d’évaluation spécifique aux offres « servicisées » dans une logique cycle de vie et à accompagner EDF dans le déploiement d’un démonstrateur avec l’ensemble des acteurs concernés.

Développer de nouvelles compétences pour une fonction achats pilote de la transformation d’offres « servicisées »

Conduire un tel chantier nécessite pour la Fonction Achats de concevoir un nouveau cadre de travail et de disposer de nouvelles compétences qui reposent sur :

  • La capacité à faire évoluer la représentation du besoin dans une perspective beaucoup plus large. L’acheteur n’est pas là uniquement pour être une interface entre l’offre et la demande interne. Il va prendre en compte l’ensemble des attentes de l’écosystème, au-delà de la relation donneurs d’ordres – fournisseurs. A noter le rôle important joué dans ce dossier par la Direction du Développement Durable d’EDF, soucieuse de l’engagement de l’entreprise pour développer une économie relocalisée et vectrice d’externalités positives (sur les ressources, la biodiversité, l’emploi, …). Sont également impliquées dans ce projet, la Prescription et notamment son prescripteur santé sécurité sur les éléments de protection individuelle et les besoins utilisateurs, les Directions Recherche et Développement et les Ressources Humaines, qui incarnent les obligations de l’employeur en matière de sécurité des salariés et d’entretien des tenues.
  • La capacité de l’acheteur à co-construire avec ses fournisseurs de nouvelles offres et de les accompagner dans un cadre de confiance qui va susciter l’innovation de rupture. Les entretiens déjà initiés par l’équipe de recherche avec des fournisseurs du Groupe EDF ont mis en évidence le caractère parfois très contraignant d’un cahier des charges technique qui peut obérer toute opportunité d’innovation. L’innovation de rupture invite à un cahier des charges plus fonctionnel et en même temps à une adaptation plus fine aux besoins précis des usagers pour maîtriser les coûts liés notamment à la sur-qualité.
  • La capacité d’animation de l’acheteur. L’acheteur devient l’animateur d’un écosystème qui engage une multitude d’acteurs depuis la conception du produit, la fabrication jusqu’à la fin de vie du vêtement. On sort d’une logique en silo et d’appels d’offres qui pourraient être dédiés chacun à des étapes du cycle de vie (fabrication, logistique/mise à disposition, collecte/recyclage). L’heure est à la coopération tout au long de la chaîne de valeur et à une adhésion de l’ensemble des acteurs au projet, y compris bien évidemment celle des usagers.

Le programme de recherche-action PEAK by THESAME d’accompagnement du Groupe EDF initié fin 2017 et qui se poursuit jusqu’en 2020 donnera lieu en particulier à la mise en place d’une formation de la fonction achats à l’économie de fonctionnalité, à la création d’un cadre d’évaluation des offres et l’expérimentation d’un dispositif d’accompagnement pour susciter la pull innovation, c’est-à-dire partir des besoins du client pour susciter l’innovation chez les fournisseurs et au déploiement d’offres « servicisées » dans une perspective « cycle de vie » destinée à maximiser la valeur tout au long du cycle de vie.


Pour en savoir plus :

PEAK est le 1er think-tank Recherche-Formation-Entreprises dédié à la conception et l’expérimentation de nouvelles pratiques de relations collaboratives entre client et fournisseur. Il vise notamment à accompagner la mutation de la fonction Achats et devenir pleinement acteur de la création de valeur par l’innovation. PEAK est sous maîtrise d’ouvrage du Centre de Compétences Tech & Innovation THESAME.

Correl a répondu à un appel à contribution et participe avec l’Université Clermont Auvergne à un programme de recherche-action confié par PEAK à l’EM Lyon, intitulé « Stimuler l’adoption d’offres innovantes de rupture produit/service ». Ce programme se déroule sur 4 ans (2017-2020) et se propose d’identifier les conditions de collaborations inter et intra-organisationnelle nécessaires à la transformation d’une offre reposant sur l’économie de fonctionnalité.

Le Groupe EDF a choisi de s’associer à ce programme et d’être accompagné par cette équipe du Cluster PEAK pour redéfinir une stratégie d’achats de vêtements de travail, en prenant en compte l’ensemble du cycle de vie (projet ICOVET d’EDF). Ce programme vise à identifier les freins à l’adoption de systèmes produits-services, accompagner la création de nouvelles offres à partir des besoins de l’entreprise afin de mieux évaluer la création de valeur économique, sociale et environnementale tout au long de la chaîne de valeur. Cette étude de terrain est articulée avec un programme scientifique inédit qui soutient les travaux conduits auprès du Groupe EDF.

Cette recherche-action reçoit le soutien financier du Groupe EDF, de THESAME, du Fonds F2I/UIMM, du Plan d’Investissement d’Avenir PIA2 et de son opérateur financier le Caisse des Dépôts dans le cadre du projet ACE de la PFA (Filière Automobile et Mobilités) ainsi que de l’ARC8 de la Région Auvergne-Rhône-Alpes.

Contacts :

  • Jean Breton, Directeur du programme PEAK by Thesame : jb@thesame-innovation.com
  • Fabienne Grébert, Présidente du cabinet Correl : correl@correl.fr
  • Gilles Neubert, Professeur, EMLyon Business School : gneubert@em-lyon.com